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Séjour en Guadeloupe

Jardin botanique, mangroves et forêt : les visites vertes

Un jardin botanique, une mangrove et une forêt tropicale ne se visitent pas de la même façon. Le premier s'arpente à l'heure choisie, sur des allées ; la deuxième se découvre depuis l'eau, accompagné ; la troisième se mérite par un sentier qui monte. Savoir laquelle des trois sorties correspond à quel moment du séjour évite de passer une matinée en salle et une après-midi dans la boue.

Bassin planté de nénuphars et de papyrus, entouré de palmiers dans un jardin tropical
Un jardin botanique se parcourt sur des allées : c'est ce qui le rend praticable avec des enfants ou sous la pluie.

Trois milieux, trois manières d'entrer

Les trois visites vertes les plus courantes en Guadeloupe ne relèvent pas du même registre. Un jardin botanique est un espace clos, aménagé et entretenu, où chaque plante a été choisie : on y circule à l'heure que l'on veut, sur des allées, et la visite tient dans une demi-journée. La mangrove est un milieu littoral vivant, soumis à la marée et au vent, que l'on aborde presque toujours accompagné. La forêt hygrophile, elle, appartient au cœur du Parc national : on y entre par un sentier balisé, et la météo fixe ce qui reste possible.

Confondre les trois conduit à de mauvaises journées : des chaussures de ville dans la vase, un maillot de bain pour un milieu où la baignade n'est pas conseillée, ou une randonnée lancée à onze heures sous les averses. Les distinguer permet de placer chaque sortie au bon moment : le jardin quand il pleut ou avec de jeunes enfants, la mangrove tôt le matin quand l'eau est plate, la forêt par temps sec.

Racines de palétuviers dans une eau calme, avec un kayak au loin
Dans la mangrove, on entre par l'eau : la marée et le vent décident de ce qui est faisable.

Le jardin botanique : une collection mise en scène

Le Jardin botanique de Deshaies occupe cinq hectares sur la côte sous-le-vent de la Basse-Terre et se présente comme un parcours de quinze thèmes réunissant plus de mille espèces. Il a été imaginé par le paysagiste Michel Gaillard sur l'ancienne propriété de Coluche, et la visite est annoncée pour deux heures : une collection mise en scène, pas un fragment de forêt laissé à lui-même.

L'intérêt pédagogique est réel. On y traverse un monde caribéen humide, une Asie tropicale, un monde des palmiers, une zone aride de succulentes et un jardin des simples consacré aux plantes médicinales : en une matinée, un visiteur qui ne connaît rien à la flore tropicale apprend à distinguer les grands ensembles qu'il retrouvera sur les sentiers.

Deux réserves. Un jardin arrosé ne prépare pas au terrain : la forêt voisine est humide, encombrée de racines et sans allée. Et les conditions d'accueil changent avec la saison : horaires, tarifs et jours d'ouverture se vérifient sur le site du jardin avant de monter à Deshaies,

La mangrove : un milieu à voir depuis l'eau

La baie du Grand Cul-de-Sac Marin s'étend sur environ quinze mille hectares entre la Basse-Terre et la Grande-Terre : récifs, herbiers, vasières, mangroves et forêts marécageuses d'eau douce. L'Unesco note que sa forêt marécageuse d'eau douce atteint une superficie exceptionnelle pour la Caraïbe. Le Parc national, qui la gère, rappelle qu'elle abrite la majorité des espèces coralliennes et soixante pour cent des gorgones des Antilles françaises.

La mangrove proprement dite est une nurserie. Entre les racines immergées des palétuviers vivent moules, huîtres de palétuviers, éponges, crabes et crevettes ; les pagres, pisquettes et tarpons y pondent avant de regagner la mer. Les oiseaux y sont nombreux, et la baie accueille le Pic de la Guadeloupe, seul oiseau endémique de l'archipel.

Elle se visite depuis l'eau : kayak, paddle ou bateau à fond plat, avec un prestataire autorisé par le Parc, dont la liste est publiée par l'établissement. La baignade n'est pas conseillée dans la mangrove, eaux stagnantes et racines obligent ; les moustiques se concentrent au lever et au coucher du soleil. La marée, le vent et l'état de la mer décident de ce qui est faisable le jour même.

Sentier de forêt tropicale humide bordé de fougères arborescentes et de troncs moussus
Sous la canopée, le sol reste humide : chaussures fermées et départ matinal.

La forêt hygrophile : la Maison de la forêt comme première étape

La forêt hygrophile couvre le massif de la Basse-Terre, et la Maison de la forêt en est la porte d'entrée la plus simple. Elle se trouve sur la route de la Traversée, la D23, au cœur du Parc national. Inaugurée en 1976 par le parc départemental alors géré par l'Office national des forêts, elle est devenue une maison du Parc après la création de celui-ci en 1989.

L'exposition permanente, rénovée à partir de 2021 sur soixante-douze mètres carrés, porte sur la forêt tropicale humide. Les chiffres du Parc donnent la mesure du réservoir : deux mille cent trente-huit espèces de plantes, trois cent cinquante-huit espèces arborescentes, trois cent huit fougères, cent orchidées, deux cent quatorze espèces endémiques des Petites Antilles dont vingt-quatre propres à la Guadeloupe. Côté faune, dix-sept mammifères dont douze chauves-souris, et trente-trois espèces d'oiseaux.

Trois itinéraires partent du bâtiment, classés par niveau : le sentier découverte, très facile, la trace des Ruisseaux, facile, et la trace de la Rivière Quiock, de niveau moyen. Deux aires de pique-nique, Bras-David et Corossol, complètent l'ensemble. L'accueil est assuré en semaine et fermé le samedi et le dimanche ; les parkings ne sont pas surveillés.

La forêt marécageuse, que l'on confond avec la mangrove

La forêt marécageuse couvre plus de cinq mille hectares en Guadeloupe, réunit une trentaine d'espèces végétales absentes des autres écosystèmes, et se reconnaît à deux essences dominantes, le Mangle médaille, Pterocarpus officinalis, et le Cachiman, Annona glabra. Elle occupe la charnière entre terre et mer et joue un rôle de zone tampon : elle retient les boues avant le récif et protège les terres des inondations et des houles.

Ce milieu est en recul. La montée des eaux salées fait gagner les palétuviers à ses dépens, tandis que l'urbanisation et le pâturage empiètent côté terre ; le Parc rappelle qu'elle a pratiquement disparu des Grandes Antilles. Aux Abymes, la forêt de Golconde, dix-huit hectares, fait l'objet d'un reboisement depuis 2016, mené avec la commune et le Conservatoire du littoral. Ces travaux relèvent de la restauration écologique, pas de l'aménagement touristique.

Composer la journée, et ce qui se vérifie avant

Les trois sites ne se cumulent pas dans la même journée. Deshaies est à l'ouest de la Basse-Terre, la Maison de la forêt au centre, sur la route de la Traversée, et la baie du Grand Cul-de-Sac Marin au nord de la Grande-Terre : chaque déplacement traverse l'île. Une sortie par demi-journée est un rythme réaliste.

Le reste est affaire de préparation. Chaussures fermées pour la forêt, eau, protection solaire et répulsif ; pas de baignade dans la mangrove ; départ tôt pour la faune et pour éviter les averses de l'après-midi. Avant de partir, on vérifie les jours d'ouverture de la Maison de la forêt, les conditions d'accès du jardin et la liste des prestataires autorisés dans la baie. Cœur de parc depuis 2009 pour l'ex-réserve du Grand Cul-de-Sac Marin, ces milieux protégés ne s'abordent pas comme un parc d'attractions.