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Séjour en Guadeloupe

La Désirade : le bout du monde de l'archipel

La Désirade apparaît de la pointe des Châteaux comme une barre sombre posée sur l'Atlantique. Onze kilomètres de long, deux de large, une côte nord en falaises où personne n'habite, et un plateau balayé par les alizés. On y va pour la géologie, pour deux plages, ou pour comprendre ce qu'est une île qui vit encore de la pêche et du large.

Falaise nord de La Désirade tombant dans l'Atlantique, plateau sec au sommet
La face nord est une falaise continue : personne n'y habite, la route n'y passe pas.

Onze kilomètres de long, deux de large

La Désirade mesure 22 km², pour onze kilomètres de long et deux de large. Le point culminant atteint 276 mètres et le chef-lieu s'appelle Beauséjour. Un peu moins de 1 600 habitants y vivent à l'année, répartis sur la seule côte habitable, celle du sud. Le reste de l'île tient du désert minéral.

La face nord est une falaise continue, battue par l'Atlantique : personne n'y habite et la route ne s'y aventure pas. Toute la vie de l'île tient dans une bande côtière étroite, à l'abri du vent dominant. Entre les deux, un plateau central, rêche, couvert d'agaves et de cactées, que les sentiers traversent à découvert.

Conséquence pour le visiteur : les distances sont courtes, mais il n'existe aucun raccourci. On fait le tour par la route du sud, on monte sur le plateau à pied, et le reste se gagne par la mer. Une île de onze kilomètres se traverse donc en une demi-heure de scooter, mais demande deux journées si l'on veut marcher.

Sentier pierreux vers le phare de la pointe Doublé, végétation sèche et cactées
Le sentier Montana longe la réserve avant de rejoindre le phare de la pointe Doublé.

La traversée décide de la journée

Le bateau part de Saint-François, sur la Grande-Terre, et traverse en quarante-cinq minutes environ. La liaison est quotidienne, mais la mer est celle de l'Atlantique : par houle, le trajet s'allonge et la traversée peut être annulée. Les voitures de location ne montent pas à bord ; sur place, on circule en scooter, à vélo ou en taxi local.

L'avion existe aussi, vers le petit aérodrome de l'île, depuis Pointe-à-Pitre ou Saint-François, uniquement sur réservation et selon les jours. Les deux solutions se complètent : le bateau pour la journée, l'avion quand la mer est mauvaise et que l'horaire compte. Fréquences et horaires changent avec la saison ; ils se vérifient la veille, auprès de la mairie ou de l'office de tourisme.

L'heure du retour commande tout le reste. Un aller-retour dans la journée laisse l'essentiel de la journée sur place : de quoi faire le sentier Montana et une plage, pas le tour complet et le plateau. Dormir sur l'île change la donne : la commune recense plus de vingt-cinq lieux d'hébergement, gîtes et chambres d'hôtes surtout, et le bourg se vide quand le bateau du soir est parti.

Le bout du monde est un musée géologique

À l'extrémité orientale de l'île, une bande côtière de 62 hectares est classée réserve naturelle nationale : c'est la première réserve naturelle à caractère géologique de l'outre-mer français. Elle protège un éventail de roches et de phénomènes rares, témoins de la formation de la plaque caraïbe. On y entre comme dans un musée à ciel ouvert, sans vitrine et sans gardien à chaque détour.

Le sous-sol y montre les restes d'un ancien arc volcanique du Jurassique terminal : des coulées de basalte en coussins, ces pillow-lavas formés sous l'eau, associées à des bancs de radiolarites, roches siliceuses accumulées à partir de radiolaires. Le site est décrit comme un cas unique dans les Petites Antilles, très rare témoin des débuts de la plaque caraïbe là où la croûte atlantique plonge en subduction.

La faune et la flore valent le détour autant que les roches : cactus têtes à l'Anglais, gaïac, scinque de La Désirade, iguane des Petites Antilles, et plus de cinquante espèces d'oiseaux recensées dans le périmètre, frégates, pélicans et phaétons compris. La règle est simple et vaut pour tout le plateau : on ne ramasse ni caillou, ni fossile, ni plante, et l'on reste sur les traces.

Plage du Souffleur, sable clair, arbres de bord de mer et eau turquoise
La plage du Souffleur : l'ombre des arbres, une eau calme et l'Atlantique derrière le récif.

Marcher : le sentier Montana et la pointe Doublé

Le sentier Montana est la façon la plus directe de voir l'est de l'île. Il forme une boucle de quatre kilomètres, comptée une heure et demie, avec quatre-vingt-dix mètres de dénivelé et une difficulté facile. Départ et arrivée au niveau de l'école de Baie-Mahault, balisage PR, itinéraire majoritairement à découvert.

Le tracé gagne la pointe Mancenillier, puis suit le littoral à l'orée de la réserve par une piste pierreuse, en direction de la pointe Doublé. Il passe l'ancienne station météo, bâtiment Art déco inspiré des œuvres d'Ali Tur, rejoint le phare, les ruines d'une ancienne cotonnerie où une exposition raconte l'histoire géologique de l'île, et le cimetière marin, avant de revenir au départ.

Trois précautions, toutes données par la fiche officielle du sentier : le parcours est à découvert, il faut boire souvent ; les cailloux sont glissants, des chaussures de randonnée s'imposent ; les mancenilliers, présents sur le littoral, ont des sucs toxiques et ne se touchent pas, surtout sous la pluie. Le vent, constant, rend la chaleur supportable et le soleil plus mordant qu'il n'y paraît.

Deux plages, un bourg, et ce qui reste

Deux plages résument l'île. La plage à Fifi, celle du bourg, se gagne à pied depuis Beauséjour : l'eau y est peu profonde et les coraux commencent à quelques mètres du rivage, ce qui en fait le spot de masque et tuba le plus simple. La plage du Souffleur, plus à l'est, aligne une longue plage de sable clair, des arbres pour l'ombre et une eau calme, appréciée des familles.

Le bourg de Beauséjour tient en quelques rues autour du port de pêche, où les barques débarquent le poisson du jour. Le Jardin du Désert, labellisé Jardin Remarquable, présente les plantes locales et les paysages arides de l'île. À l'écart, l'ancienne léproserie et le cimetière marin, tombes face à l'océan, rappellent que l'île a longtemps vécu à l'écart du reste de l'archipel.

Il ne faut pas attendre de La Désirade une station balnéaire : l'offre est celle de gîtes et de chambres d'hôtes, avec quelques tables. C'est ce qui fait son intérêt et ce qui impose de préparer : on ne trouve pas tout à la dernière minute, et une sortie annulée par la mer ne se remplace pas par un plan B sur place.

Une journée ou deux, et à quelle saison

Une journée tient si l'on accepte de choisir : le sentier Montana le matin, une plage l'après-midi, le bourg entre les deux. Deux jours permettent d'ajouter le plateau central, une seconde plage et le temps de marcher sans regarder l'heure du bateau. Au-delà, l'île demande un autre rythme, celui des pêcheurs et des habitués.

La saison compte double ici. Le carême, de décembre à avril, donne les journées les plus sèches et la mer la plus maniable ; c'est aussi la période la plus demandée. L'hivernage, plus humide, correspond à la saison cyclonique officielle, de juin à novembre : les traversées peuvent être suspendues plusieurs jours, et une marge sur le retour vaut mieux qu'un programme serré.

Enfin, l'île se visite à pied, à vélo ou en scooter plus qu'en voiture : la route du sud suffit, le plateau se gagne par les sentiers, et les distances restent courtes. Le vent et le sel font le reste : chapeau, eau, chaussures fermées, et l'habitude de vérifier la mer avant de décider de la journée.