La Pointe des Châteaux et ses sentiers
La Pointe des Châteaux n'est pas un belvédère qu'on photographie en dix minutes. C'est une péninsule classée de six cents hectares, faite de plages, de falaises et de lagunes salées, où un sentier de onze kilomètres relie l'Anse à la Gourde à la croix du sommet. Voici comment la visiter selon le temps dont on dispose, ce que le site interdit, et ce qui se prépare avant de prendre la route.
Six cents hectares classés, des salines et une croix
Le site de la Pointe des Châteaux occupe environ 600 hectares sur la commune de Saint-François, dont 425 relèvent du domaine public maritime : c'est la surface que retient la liste nationale des sites classés. Un classement n'est pas un aménagement touristique, c'est une protection : on circule donc sur les tracés qui existent, pas sur ceux qu'on juge plus courts.
Le réseau des Grands Sites de France décrit une bande littorale à la faune et à la flore rares, dont certaines espèces endémiques, et surtout une mosaïque de salines qui fait la singularité du paysage. Il retient l'ordre de grandeur de la fréquentation, environ 500 000 visiteurs par an, et présente l'opération Grand Site engagée avec la commune : sentiers, plages et salines, signalétique.
Au sommet du morne, la croix date de 1951 : elle sert de repère aux marins qui arrivent du large, et une table d'orientation aide à lire le paysage. De là se découvrent le plateau de la Désirade au nord-est et les îles de Petite-Terre au sud-est. La croix visible aujourd'hui est une croix monumentale d'une dizaine de mètres.
Le sentier du littoral : onze kilomètres, trois heures
La fiche officielle de l'itinéraire donne des chiffres simples : 10,9 kilomètres, trois heures, 129 mètres de dénivelé positif, difficulté facile, en aller-retour, balisage jaune et jalon PR rattaché au Sentier du Littoral. L'altitude reste entre 1 et 29 mètres : ce n'est pas un sentier de montagne, mais un chemin de sable, de grave blanche et de bord de mer, sans ombre sur de longues portions.
Le départ se prend à la plage de l'Anse à la Gourde. On part sur la droite, l'Éperon en vue, ce rocher planté à environ 600 mètres au large. Le chemin serpente entre les fourrés, rejoint les hauteurs de la Pointe à la Gourde, passe devant une cabane en tôle, monte sur un sentier de grave blanche, puis redescend tout droit vers la Pointe Tarare.
On entre ensuite dans un bosquet sur la droite pour gagner les falaises, la Désirade et la Grande Saline en ligne de mire, avant l'Anse à Plume. On contourne la Grande Saline par la gauche en longeant la mer, puis la longue Anse des Salines, on ressort sur la D118, on traverse le parking et on monte au Morne Pavillon jusqu'à la croix. Le retour se fait par le même chemin : le point de demi-tour se fixe au départ.
Les traces courtes, quand on n'a qu'une matinée
Le littoral n'est pas un bloc : il se découpe en traces de longueurs très inégales, et c'est ce découpage qui rend le site praticable en peu de temps. La trace de l'Anse à la Gourde demande une quinzaine de minutes, celle de la Pointe à Cabrit environ vingt-cinq, celle de l'Anse Tarare une quarantaine, la trace des Salines environ une heure, et le sentier du Morne Pavillon une heure également.
Autrement dit, la montée à la croix tient dans une courte marche depuis le parking du bout de la route, et le reste se compose à la carte : une matinée pour la croix et une trace côtière, une demi-journée pour le morne et les salines, la journée entière pour le littoral complet avec baignade. Le stationnement se répartit entre le parking terminal, celui de l'Anse à la Gourde et des poches plus petites le long de la D118.
Aux salines, la période où les berges se ferment
Les salines ne sont pas un décor : ce sont des lagunes où des espèces protégées nichent. La consigne de l'itinéraire est explicite : ne pas sortir des sentiers balisés, en particulier au niveau des salines, et respecter la fermeture des berges de la Saline du 1er avril au 15 août, période de nidification. Sur ces quatre mois et demi, l'observation se fait à distance, depuis les tracés balisés et la plateforme.
Deux autres règles valent toute l'année, sans exception de saison : les chiens et les chats sont interdits, y compris tenus en laisse, et le nourrissage des animaux est interdit. Ces contraintes ne relèvent pas du confort des visiteurs : elles protègent des oiseaux qui se posent et se reproduisent sur des étendues de vase accessibles en quelques pas.
Ce qu'on vient observer justifie la contrainte. La grande étendue d'eau sert de gîte à l'avifaune : limicoles aux pattes fines qui fouillent la vase, comme l'Échasse d'Amérique ou le Gravelot de Wilson, laridés et anatidés. Une plateforme d'observation a été installée en mars 2025 près du sentier principal, pour regarder sans déranger.
Y aller : la D118, un aérodrome, une ligne de bus
À Saint-François, on suit la direction de la Pointe des Châteaux par la route D118. Passé l'aérodrome, on compte environ 5,5 kilomètres, puis on tourne à gauche vers l'Anse à la Gourde pour rejoindre le parking de la plage, point de départ de la randonnée. En continuant la D118 jusqu'au bout, on arrive au parking terminal, au pied du morne et de la montée à la croix.
Sans voiture, la fiche officielle cite le réseau de bus Karu'lis et sa ligne SF1, qui relie la gare routière de Saint-François au bourg, à la Coulée et à la Pointe des Châteaux. Elle ne publie ni fréquence ni amplitude horaire : c'est le plan du réseau qu'il faut consulter pour le jour concerné, et la prudence veut qu'on vérifie le retour avant de partir. Le parking comme la baignade ne sont pas surveillés.
Chaleur, embruns, baignade : ce qui décide vraiment
Le dénivelé est modeste, mais le terrain ne pardonne pas l'impréparation : vent soutenu, embruns, sol clair, absence d'ombre. Chaussures fermées, coupe-vent, eau en quantité et protection de la tête sont le minimum. Les enfants passent sans difficulté la montée au morne ; le tour complet du littoral, lui, se décide selon leur âge et la chaleur du jour.
La météo se lit à deux endroits : la vigilance de Météo-France pour la Guadeloupe, qui gradue les niveaux du simple « soyez attentif » au confinement, et la météo marine, avec la hauteur de houle relevée par le houlographe. Cette côte est battue par l'Atlantique : par houle forte, on s'éloigne du bord des falaises et des rochers, et on renonce à la baignade plutôt que de la tenter près des rochers affleurants.
Reste la question du moment. La pointe regarde l'est : le matin donne la lumière rasante sur les falaises et de l'ombre sur les sentiers du littoral, l'après-midi chauffe les salines et remplit les parkings. Pour une visite calme, la croix tôt, les traces côtières ensuite, et la baignade à l'Anse des Salines ou à l'Anse à la Gourde en fin de parcours : c'est l'ordre qui coûte le moins d'efforts.