Les Saintes : ce qui se fait en une journée (ou deux)
Une journée aux Saintes ne se remplit pas comme une journée sur la côte : la traversée fixe l'heure d'arrivée et celle du retour, et tout ce qui se trouve entre les deux doit tenir dans cet intervalle. Voici ce qui tient vraiment en une journée sur Terre-de-Haut, ce que le deuxième jour ajoute, et ce qu'on sacrifie quand on veut tout voir.
La traversée commande la journée
Les Saintes se gagnent en bateau, et c'est la traversée qui décide du reste. Les liaisons partent de Trois-Rivières, au sud de la Basse-Terre, pour vingt à trente minutes de mer ; de Pointe-à-Pitre, il faut compter environ une heure ; des départs existent aussi de Bouillante et de Saint-François. Le port choisi pèse donc plus lourd que le programme : il fixe l'heure du quai.
Une excursion à la journée laisse une poignée d'heures sur place, et ce temps fond vite : une montée au fort, une plage, un déjeuner, et le retour approche. La question n'est pas ce qu'on peut voir, mais ce qu'on garde si le bateau repart à l'heure prévue. En haute saison, de décembre à avril, et les week-ends, les traversées se réservent.
L'heure du dernier retour se vérifie avant même de réserver le reste. C'est elle qui fixe la dernière visite et la marge à garder pour redescendre au quai. Un bateau raté n'a rien d'anecdotique sur une île où l'hébergement est limité et se réserve, en pleine saison, plusieurs semaines à l'avance.
Le bourg et le Fort Napoléon : la matinée qui tient
Le Fort Napoléon domine la baie depuis son morne, à une trentaine de minutes de marche du débarcadère : à la sortie du bateau, on prend à gauche et on monte. Construit entre 1844 et 1867, il est géré depuis 1980 par l'Association Saintoise de Protection du Patrimoine. Dix-sept salles racontent les batailles navales et la vie des Saintois ; le jardin exotique abrite le melocactus intortus.
Un détail d'organisation change tout : le fort ferme l'après-midi. Qui garde la visite pour la fin de journée la trouvera close, alors que qui monte en arrivant aura le musée, le jardin et le panorama avant la chaleur. Les iguanes qui traversent le jardin font partie du décor, et la vue porte jusqu'à la Basse-Terre et aux îlets de la baie.
Le bourg se parcourt ensuite à pied, entre cases créoles colorées et ruelles qui montent vers le cimetière marin, dont les tombes sont ornées de coquillages. Le tourment d'amour, petite tarte au coco ou à la banane, se vend souvent tôt : l'usage est d'en acheter en arrivant, pas en repartant, quand les étals sont vides.
Trois plages, trois efforts différents
Pompierre, à quinze minutes de marche du village, est un lagon bordé de cocotiers, à l'eau calme et peu profonde : la plage des familles, accessible à vélo ou en voiturette, avec des fonds où les poissons s'observent près du bord. On y vient pour se baigner sans calcul, pas pour chercher une crique déserte.
Le Pain de Sucre se mérite autrement. Depuis le village, on suit la route vers Anse Mire : trente à quarante-cinq minutes de marche, et une descente finale sur un sol pierreux qui impose des chaussures fermées. Les véhicules se laissent à l'entrée du sentier ; les bateaux d'excursion accostent sur la plage. Les fonds comptent parmi les meilleurs spots de palmes-masque-tuba de l'archipel.
Anse Crawen se rejoint par un sentier discret, à une vingtaine de minutes de la route principale : une crique sauvage, parfois fréquentée par des naturistes, sans restaurant ni surveillance. C'est le choix de ceux qui préfèrent le calme à la carte postale. Aucune de ces plages n'est surveillée : la baignade reste sous la responsabilité de chacun, surtout avec de jeunes enfants.
Le Chameau ou le Morne Morel, pas les deux
Le Chameau, point culminant de Terre-de-Haut à 309 mètres, se monte en une heure et demie aller-retour ; du sommet, le regard porte sur la baie, la Guadeloupe, Marie-Galante et, par temps clair, la Dominique. La montée se fait le matin, avant que la chaleur ne s'installe sur la route bétonnée. C'est la marche à choisir pour un sommet.
Le Morne Morel est d'une autre nature : une boucle de 2,7 kilomètres, deux heures, 143 mètres de dénivelé, classée très facile, au départ de la baie du Marigot. Le balisage jaune demande de l'attention : des sentiers secondaires sillonnent la trace. Le parcours longe un point de vue sur Terre-de-Haut, Terre-de-Bas et la Basse-Terre, puis rejoint la ruine de la batterie Caroline.
Les deux ne se cumulent pas dans une journée d'excursion : le Chameau occupe la matinée, le Morne Morel une bonne partie de l'après-midi. Le parking et la baignade du secteur ne sont pas surveillés, et l'eau emportée depuis le bourg est la seule disponible sur le parcours.
Cabrit et Terre-de-Bas : ce que le deuxième jour ajoute
L'îlet à Cabrit ferme la baie, à quinze minutes de saintoise depuis le port. Inhabité, il porte les vestiges de Fort Joséphine et ceux d'un pénitencier du dix-neuvième siècle, où l'on détenait des condamnés avant leur transfert. On y va pour l'histoire, pour les oiseaux et pour les fonds, plus que pour la baignade.
Terre-de-Bas est une autre île, pas un quartier de Terre-de-Haut. Huit kilomètres carrés, un morne à 293 mètres, un bourg, Petite-Anse, et des sentiers balisés : la trace du Pied de l'Étang monte au Morne Sec en trois quarts d'heure, le sentier Petite-Anse - Grande-Anse traverse l'île en une heure et demie, le chemin côtier vers l'Anse à Dos prend une demi-heure. Une liaison directe part de Trois-Rivières.
Ajouter Terre-de-Bas à une journée sur Terre-de-Haut revient à ne voir ni l'une ni l'autre. C'est le deuxième jour, ou rien : une nuit sur place permet de prendre le premier bateau, de marcher, et de revenir le soir. Sans taxi sur l'île, tout s'y fait à pied, ou en scooter pour les parties les plus éloignées.
Ce qui se prépare avant, ce qui se règle sur place
Les Saintes se préparent comme une île, pas comme un quartier de Pointe-à-Pitre. Les voitures n'y circulent pas : on loue un scooter, un vélo ou une voiturette électrique, et les loueurs sont à quelques minutes à pied du débarcadère. En haute saison, mieux vaut réserver le véhicule en même temps que la traversée, sous peine de tout faire à pied.
L'argent liquide reste nécessaire : les distributeurs sont rares et certaines boutiques n'acceptent pas la carte. L'eau compte autant, car les points de remplissage sont limités hors du bourg. La crème solaire se choisit sans filtre chimique susceptible d'abîmer le corail : les fonds sont la ressource du lieu autant que la plage.
Reste le calendrier. Le carême, sec, va de décembre à avril : c'est la période la plus demandée, et celle où tout se réserve. L'hivernage, plus humide, laisse l'île plus calme. Les week-ends et jours fériés amènent les Guadeloupéens eux-mêmes, bonne nouvelle pour l'ambiance et moins bonne pour les bateaux.