Première visite en Guadeloupe : quelles bases pour quel littoral
L'archipel ne se visite pas d'un trait : deux îles que tout oppose, quatre dépendances qui se gagnent en bateau, et des bases qui décident de ce que l'on verra. Choisir où dormir avant de choisir quoi visiter, comprendre ce que chaque côte demande et savoir ce qui se vérifie la veille : c'est l'essentiel d'une première visite.
Deux îles pour un même archipel
La Guadeloupe se lit d'abord sur une carte : deux terres que tout oppose, séparées par un chenal étroit, la Rivière Salée, et reliées par les ponts de la Gabarre et de l'Alliance. La Grande-Terre, à l'est, est un plateau calcaire d'environ 590 km², sec, couvert de champs de canne ; la Basse-Terre, à l'ouest, est un massif volcanique d'environ 848 km², humide et boisé.
L'office de tourisme des Îles de Guadeloupe compte six îles principales : la Grande-Terre, la Basse-Terre, Marie-Galante, Terre-de-Haut, Terre-de-Bas et La Désirade. Les deux dernières forment l'archipel des Saintes, au sud de la Basse-Terre. L'aéroport international, baptisé Maryse Condé, se trouve à Pointe-à-Pitre, sur la Grande-Terre. Il n'existe pas de train, et les distances se mesurent en heures de route plus qu'en kilomètres.
Cette géographie décide de presque tout le reste. Une base choisie sur une côte ne permet pas de voir l'autre sans traverser l'île ; un site de la Basse-Terre se rejoint depuis une plage de la Grande-Terre par la route de la Traversée, en passant sous la forêt. Avant de lister les visites, il faut donc décider où l'on dort, et accepter que ce choix ferme certaines portes pour en ouvrir d'autres.
La Grande-Terre : arriver et rayonner sur le calcaire
La Grande-Terre concentre l'arrivée et les plages. Depuis l'aéroport, Pointe-à-Pitre est immédiate, Le Gosier à un quart d'heure de bus, Sainte-Anne à une demi-heure ou trois quarts d'heure sur la même ligne, selon l'office de tourisme. Le sud aligne les anses de sable clair, de la Datcha aux plages de Sainte-Anne, dont la Caravelle, avec des fonds calmes et des lagons peu profonds.
L'est change de ton : autour de Saint-François et de la pointe des Châteaux, le littoral se hérisse de falaises, les anses se font plus courtes et les sentiers de bord de mer remplacent les kilomètres de sable. Plus au nord, de Port-Louis à Anse-Bertrand, la côte atlantique est battue et peu construite ; la pointe de la Grande Vigie en est le point le plus avancé.
Ce qui frappe sur place, c'est la régularité du relief : des routes droites, des mornes calcaires bas, des champs de canne qui vont jusqu'à l'horizon et des bourgs organisés autour d'une place et d'une église. Une base sur la Grande-Terre convient à qui veut la mer au quotidien, l'aéroport à portée et des trajets courts. Elle éloigne en revanche de la forêt, à gagner par la route de la Traversée.
La Basse-Terre : la forêt, le volcan, la côte sous-le-vent
La Basse-Terre se découvre par la route de la Traversée, dix-sept kilomètres qui relient Petit-Bourg à Pointe-Noire en coupant la forêt tropicale. Les haltes y sont nombreuses : la Maison de la Forêt, la cascade aux Écrevisses, les points de vue sur les Mamelles. C'est la seule voie intérieure pratique entre les deux versants, et elle donne la mesure du pays : végétation dense, pluie fréquente, chaussée étroite.
Au-dessus, la Soufrière culmine à 1 467 mètres, point le plus haut des Petites Antilles. Son accès n'est pas libre : le Parc national rappelle que le sommet a été fermé après des éboulements, puis encadré par arrêté préfectoral, seuls des accompagnateurs habilités franchissant les périmètres de sécurité. Plusieurs sentiers restent ouverts, dont le Pas du Roy, la chute du Galion, la trace de l'Armistice et les Bains Jaunes ; la liste à jour se consulte sur Rando Guadeloupe.
La côte sous-le-vent, de Deshaies à Bouillante, abrite les anses les plus calmes, tournées vers la mer des Caraïbes, et les fonds de la réserve Cousteau à Malendure. Le sud, plus sec, descend vers Trois-Rivières et la pointe de Vieux-Fort, site du Conservatoire du littoral, face aux Saintes. Les plages y sont de sable sombre, parfois rose, et l'eau se gagne par des chemins courts.
Une base ou deux : l'arbitrage qui structure le séjour
La question de la base vient avant celle des visites, et elle se pose en deux termes. Une seule base simplifie les bagages et les soirées, mais impose des trajets quotidiens dès que l'on change de versant. Deux bases, une sur chaque île, supposent un déménagement en cours de route : quelques heures de voiture, un logement à quitter et un autre à investir. Le calcul se fait en visites gagnées, pas en confort perdu.
Le partage le plus courant place la mer et l'arrivée sur la Grande-Terre, puis la forêt et le volcan sur la Basse-Terre. L'inverse fonctionne aussi, pour qui préfère marcher le matin et finir sur une plage. Ce qui résiste mal, c'est de vouloir les deux extrémités depuis un point unique : la route de la Traversée, unique et sinueuse, transforme chaque aller-retour en corvée.
Un troisième schéma existe, pertinent quand on renonce à la voiture : choisir une base bien desservie, Pointe-à-Pitre, Le Gosier ou Sainte-Anne côté Grande-Terre, Deshaies ou Bouillante côté Basse-Terre, et rayonner à pied, en bus et en bateau. Le réseau Karulis relie Pointe-à-Pitre aux deux îles, ce qui rend ce choix tenable ; le reste du temps, la marche couvre le bourg, la plage et les sentiers côtiers.
Les dépendances : y dormir ou y passer
Les dépendances ne se traitent pas comme des quartiers : chacune se gagne en bateau et impose de choisir entre y dormir et n'y passer que la journée. Marie-Galante, la plus vaste, s'organise autour de trois communes, Grand-Bourg, Capesterre et Saint-Louis ; la canne y tient l'économie, les distilleries se visitent et les moulins en pierre ponctuent les champs. Sa taille rend la voiture utile dès l'arrivée.
Les Saintes réunissent deux îles habitées. Terre-de-Haut concentre le bourg, la baie et le fort, avec des sentiers qui montent vers le Chameau ; Terre-de-Bas, plus rurale, vit de la pêche et garde une tradition de poterie. Les voitures y sont rares : on s'y déplace à pied, à vélo ou en scooter. La Désirade, allongée et ventée, aligne un bourg, une falaise au nord et une longue plage au sud.
Petite Terre ne se visite pas librement : l'archipel est une réserve naturelle nationale, sans eau potable ni commerce, accessible avec un prestataire autorisé et un nombre de visiteurs limité. Dormir sur une dépendance change la nature du séjour : les bateaux du matin partis, les bourgs se vident et l'île reprend son rythme. L'hébergement y est rare, et se réserve en même temps que la traversée.
Ce qui décide la date, la voiture et les sentiers
La date compte autant que la base. Météo-France distingue deux saisons : le carême, sec, de janvier à avril, avec des minimales de 19 à 23 degrés et des maximales de 28 à 31 ; l'hivernage, humide, de juin à novembre, plus chaud, avec un risque cyclonique plus élevé. La mer reste entre 26 et 29 degrés toute l'année, ce qui laisse la baignade possible en toute saison, même sous la pluie.
Deux phénomènes locaux s'ajoutent et ne se lisent pas dans les normales : les sargasses, échouées par bancs sur certaines côtes, et la houle du nord, qui ferme parfois des plages. L'un et l'autre varient d'une semaine à l'autre et s'informent sur place, auprès des communes et des professionnels de la mer. Aucun calendrier ne permet de les prévoir à l'avance depuis la métropole.
Reste l'équipement. Le Parc national entretient environ 300 kilomètres de sentiers, en forêt et le long du littoral du Grand Cul-de-Sac Marin, et rappelle que la nuit tombe tôt, entre 17 h 30 en décembre et 19 heures en juin, avec un crépuscule de moins d'une demi-heure. Les rivières montent vite : partir tôt, regarder la météo et vérifier l'état des itinéraires avant de s'engager.