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Séjour en Guadeloupe

Réserve Cousteau et plongée : où mettre la tête sous l'eau

La Réserve Cousteau est le nom que tout le monde emploie, et qu'aucun texte officiel ne porte : le Parc national parle du cœur marin de Pigeon. Entre les îlets et la plage de Malendure, ce changement de vocabulaire décide de ce qu'on a le droit d'y faire. Voici comment s'y repérer, du simple tuba à la plongée sur épave.

Plage de sable sombre de Malendure et îlets Pigeon au large
Depuis Malendure, les deux îlets se lisent à l'horizon : c'est là que se concentre la fréquentation.

Un nom d'usage, un statut qui date de 2009

Les îlets Pigeon se dressent à 1 100 mètres du littoral de Bouillante, face à la plage de Malendure. Deux îlots, huit hectares en tout, dont sept pour le grand et un pour le petit, séparés par un chenal sableux d'une trentaine de mètres ; ailleurs, les fonds plongent franchement. Cette roche volcanique explique la richesse des fonds.

Le nom vient d'un usage, pas d'un classement. Le Parc rappelle que Cousteau, par un courrier de 1974, donnait un avis très favorable au classement du site ; les clubs de plongée ont ensuite popularisé l'appellation. La protection, elle, n'arrive qu'en 2009 : les îlets et leur espace marin intègrent le cœur du Parc national, sur environ 981 hectares entre la pointe Mahault et la pointe à Lézard. Le mot réserve ne décrit donc pas le régime applicable : c'est celui du cœur de parc qui s'applique, avec ses zones et son règlement.

Plongeur en bouteille au-dessus d'un récif de coraux et de gorgones
La flottabilité se règle avant la descente : c'est elle qui évite le contact avec le corail.

Ce que le cœur de parc interdit sur l'eau

La règle principale tient en une phrase : tout ancrage est interdit, seul l'amarrage aux bouées prévues à cet effet est autorisé. L'arrêté préfectoral de 2021 encadre leur usage : un seul bateau par mouillage, une longueur maximale de huit mètres, des bouées d'une couleur réservée aux professionnels. Le mouillage forain est interdit dans tout le cœur de parc.

S'y ajoutent des interdictions qui concernent le baigneur et le plaisancier : pêcher ou chasser pour la pêche de loisirs, éclairer les îlets ou la mer de nuit, y rester au mouillage la nuit, survoler la zone en drone sans autorisation, naviguer dans la zone d'exclusion des navires à moteur autour des îlets. Toute activité professionnelle doit être autorisée par le Parc.

Un point mérite d'être lu deux fois : pour la faune et la flore fixées, tout contact physique est considéré comme une atteinte. Poser la main sur un corail ou s'accrocher à une gorgone n'est donc pas un détail de plongée, c'est une atteinte au sens du décret de création du parc. La flottabilité n'est pas une politesse, c'est la règle.

Tuba, baptême, bouteille : trois niveaux

Le site se découvre d'abord sans bouteille. Depuis la plage de Malendure, on gagne les zones autorisées en palmes-masque-tuba ; aux îlets, les têtes de récif commencent à faible profondeur avant de tomber. Le tuba suffit pour voir tortues, poissons et coraux, à condition de garder ses distances : cinq mètres au moins des animaux, pas de flash, pas de nourriture.

Le baptême s'adresse à qui n'a jamais respiré sous l'eau. Il se fait encadré, sans certification préalable, sur des fonds peu profonds, et suffit à comprendre l'essentiel : respiration, équilibrage des oreilles, flottabilité. Ce n'est pas une formation, c'est une première plongée ; elle se choisit pour la qualité de l'encadrement, pas pour la durée annoncée.

La plongée en bouteille suppose un brevet et donne accès aux sites plus profonds : épaves, tombants, passes. Entre les deux, les centres de la côte proposent des formations de niveau 1, qui demandent plusieurs jours. La bonne question avant de réserver n'est pas le prix, c'est ce qui est inclus : combien de plongeurs par moniteur, quel matériel, quels sites, et ce qui se passe si la mer se lève.

Épave recouverte d'éponges et silhouette de plongeur dans une eau bleue
Les épaves coulées comme récifs artificiels demandent un brevet et un peu d'expérience.

Les sites, du jardin de corail aux épaves

Aux îlets, trois zones de mouillage portent des noms que les plongeurs se transmettent : le Jardin de Corail, le long de la face est des îlets, la Piscine, entre les deux îlots, et l'Aquarium, dans le renfoncement du grand îlet. Ce sont des fonds peu profonds, très fréquentés, où la consigne de ne rien toucher compte plus qu'ailleurs.

Le Parc invite aussi à sortir des îlets. D'autres sites existent en cœur de parc, comme le Jardin Japonais, la pointe à Lézard et la pointe Mahault, et des bouées sont réparties plus au nord dans l'aire maritime adjacente, de la pointe de l'Anse à la pointe de l'Ermitage, en passant par les Trois Tortues et la ravine Thomas.

Trois épaves complètent le tableau. Le Gustavia et le Franjack, deux sabliers de cinquante mètres rendus inaptes par le cyclone Hugo en 1989, ont été dépollués puis coulés comme récifs artificiels en cœur de parc. L'Augustin Fresnel, ancien cargo de 53 mètres, repose à trente mètres entre le bourg de Bouillante et l'Anse à la Barque. À douze mètres, un buste de Cousteau marque le site.

La charte du plongeur, et ce qu'elle protège

Le Parc a mis en place, avec les clubs, une charte de bonne conduite pour les plongeurs et les visiteurs. Elle tient en gestes simples : ne pas jeter l'ancre dans les récifs ni les herbiers, vérifier que le manomètre et le détendeur de secours sont fixés, éviter palmes longues et gants, ne pas prendre appui sur le fond, régler son lestage pour ne pas labourer les coraux d'un coup de palme.

La partie invisible concerne la faune. On ne prélève ni animal ni végétal, mort ou vivant ; on ne nourrit pas ; on n'entre pas sous les surplombs, où la faune fixée est fragile ; on ne nage pas trop près du bord. Les tortues se regardent à distance, sans lumière artificielle et sans les suivre. Et l'on remonte ses déchets, y compris ceux trouvés au fond.

Reste le hors-plongée, qui pèse lourd : la fréquentation. Le Parc évaluait déjà, dans un dépliant de 2011, environ 170 000 visiteurs par an sur le site, et citait la surfréquentation parmi les menaces, avec l'ancrage, le chalutage et les pollutions. Ce chiffre ancien dit l'essentiel : le site n'est pas secret, il se protège en le visitant.

Ailleurs : Petite Terre et la côte sous le vent

Qui veut varier les fonds peut regarder du côté de Petite Terre, réserve naturelle créée en 1998 au sud-est de la Grande-Terre. Terre-de-Haut y est interdite au public pour protéger les oiseaux marins ; seule Terre-de-Bas se visite, par bateau depuis Saint-François ou Le Gosier, avec un nombre de visiteurs limité. Le lagon se découvre en palmes-masque-tuba.

Sur la côte sous le vent, les sites de Deshaies à Vieux-Fort se plongent depuis les ports de pêche, souvent plus calmes que les îlets. Une règle vaut partout : la sortie se cale sur l'état de la mer du jour, pas sur un calendrier arrêté trois semaines plus tôt. Les clubs connaissent la houle, les zones fermées et les bouées libres ; le reste se décide avec eux.